Faire « comme si » avec Vaihinger

Je parle de Vaihinger et du « faire comme si » dans deux ou trois articles.
Françoise Fonteneau en parle de manière très juste dans un article de 6 pages.

Pour le lecteur pressé, je demande à ChatGPT de traduire l’article du WikiPedia anglais sur Vaihinger – chapitre « Oeuvre ».
Dans Die Philosophie des Als Ob (La Philosophie du Comme si, 1911), Vaihinger soutenait que les êtres humains ne peuvent jamais réellement connaître la réalité sous-jacente du monde, et qu’en conséquence, les gens construisent des systèmes de pensée puis supposent que ceux-ci correspondent à la réalité : ils agissent « comme si » le monde correspondait à leurs modèles.
Il utilisait notamment des exemples issus des sciences physiques, tels que les protons, les électrons et les ondes électromagnétiques.
Aucun de ces phénomènes n’a été observé directement, mais la science suppose et prétend qu’ils existent, et utilise des observations fondées sur ces hypothèses pour créer de nouvelles constructions, plus efficaces.

Vaihinger reconnaissait plusieurs précurseurs, notamment Kant, ainsi qu’Hermann Lotze, et écrivait qu’il se sentait conforté par Friedrich Albert Lange, mais il n’avait pas connaissance de la Théorie des fictions de Jeremy Bentham, jusqu’à ce qu’à la toute fin de sa vie, son traducteur, C. K. Ogden, la lui fasse découvrir.

Dans la préface à l’édition anglaise de son ouvrage, Vaihinger exprime son principe de fictionnalisme : « Une idée dont l’inexactitude ou la fausseté théorique est admise n’est pas pour autant sans valeur ni utilité pratique ; car une telle idée, en dépit de sa nullité théorique, peut avoir une grande importance pratique. »
De plus, Vaihinger rejetait l’idée selon laquelle sa philosophie serait une forme de scepticisme, car le scepticisme implique un doute, alors que dans sa philosophie du « comme si », l’acceptation consciente de fictions manifestement fausses est justifiée comme une solution pragmatique et non rationnelle à des problèmes ne trouvant pas de réponses rationnelles.

Les fictions, dans ce sens, sont cependant considérées par Vaihinger comme des « semi-fictions ». Les « vraies fictions », selon lui, sont celles qui « ne sont pas seulement en contradiction avec la réalité, mais se contredisent en elles-mêmes ; le concept d’atome, par exemple, ou le Ding an sich (la chose en soi). »
Toutefois, ces deux types « ne sont pas strictement séparés l’un de l’autre, mais reliés par des transitions. La pensée commence par de légères déviations par rapport à la réalité (semi-fictions), et, devenant de plus en plus audacieuse, finit par opérer avec des constructions qui non seulement s’opposent aux faits, mais sont aussi auto-contradictoires. »

Cette philosophie dépasse cependant le cadre scientifique.
On ne peut jamais être sûr que le monde existera encore demain, mais on suppose généralement qu’il en sera ainsi. Alfred Adler, fondateur de la psychologie individuelle, fut profondément influencé par la théorie des fictions utiles de Vaihinger, intégrant l’idée de fictions psychologiques dans sa construction de la personnalité autour d’un but final fictif.

La philosophie du « comme si » de Vaihinger peut être considérée comme l’un des fondements de la psychologie des construits personnels de George Kelly.
Ce dernier reconnaissait l’influence de Vaihinger sur sa théorie, en particulier l’idée selon laquelle nos constructions doivent être envisagées comme des hypothèses utiles plutôt que comme des représentations de la réalité objective.
Kelly écrivait : « La philosophie du ‘comme si’ de Vaihinger a une valeur pour la psychologie (…) Vaihinger a commencé à développer un système philosophique qu’il a appelé ‘philosophie du comme si’.
Il y proposait un système de pensée dans lequel Dieu et la réalité pouvaient être représentés comme des paradigmes.
Cela ne signifiait pas que Dieu ou la réalité étaient moins certains que toute autre chose dans le domaine de la conscience humaine, mais seulement que toutes les questions auxquelles l’homme est confronté doivent être envisagées de manière hypothétique. »

Dans The Sense of an Ending (1967), Frank Kermode mentionne tôt Vaihinger comme un méthodologiste pertinent de la narrativité.
Il affirme que « les fictions littéraires appartiennent à la catégorie des ‘faussetés conscientes’ selon Vaihinger. Elles ne sont pas soumises, comme les hypothèses, à une preuve ou une réfutation, mais seulement, lorsqu’elles perdent leur efficacité opérationnelle, à l’oubli. »

Plus tard, James Hillman développa les travaux de Vaihinger et d’Adler sur les fictions psychologiques en en faisant un thème central de son ouvrage Healing Fiction, dans lequel il propose un argument accessible : la tendance à littéraliser nos significations, au lieu de les « voir à travers », est liée à la névrose et à la folie.

Références

La philosophie du comme si Die Philosophie des Als ob  Françoise Fonteneau Dans La Cause freudienne 2009/1 (N° 71), pages 207 à 213

Illustration

Je peux dire « on fait comme si la santé était un puzzle ».
C’est un support visuel qui permet de penser les éléments de la santé et penser un certain type d’articulations.

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