Putrescine, spermidine et spermine : ces molécules présentes dans notre alimentation participent à la multiplication des cellules, y compris les cellules malignes.
Faut-il pour autant supprimer les aliments qui en contiennent ?
1. Que sont les polyamines ?
Les polyamines sont de petites molécules organiques naturellement présentes dans presque toutes les cellules vivantes.
Les trois principales polyamines humaines sont :
- La putrescine.
- La spermidine.
- La spermine.
Elles interviennent notamment dans la stabilisation de l’ADN, la synthèse des protéines, la différenciation et la multiplication cellulaires.
Les cellules normales ont besoin de polyamines pour fonctionner.
Cependant, de nombreuses cellules malignes présentent des besoins accrus en raison de leur prolifération et des modifications de leur métabolisme.
Les chercheurs s’intéressent donc à la possibilité de ralentir certaines tumeurs en réduisant leur disponibilité en polyamines.
Attention : diminuer les polyamines disponibles dans une tumeur n’équivaut pas à supprimer les aliments qui en contiennent.
Notre organisme fabrique lui-même ces molécules et les bactéries intestinales contribuent également à leur production.
2. Pourquoi les polyamines intéressent-elles la recherche sur les cellules malignes ?
Les cellules peuvent obtenir des polyamines par trois voies principales :
- La synthèse endogène : fabrication à partir de précurseurs, notamment l’ornithine.
- L’alimentation : absorption des polyamines présentes dans les aliments.
- Le microbiote intestinal : production par certaines bactéries.
Une enzyme, l’ornithine décarboxylase (ODC1), transforme l’ornithine en putrescine.
Celle-ci contribue ensuite à la synthèse de la spermidine et de la spermine.
Dans de nombreuses tumeurs, ce métabolisme est intensifié.
Les polyamines peuvent favoriser la prolifération cellulaire, modifier l’expression des gènes et contribuer, dans certaines conditions, à un environnement tumoral moins favorable aux défenses immunitaires.
Ces mécanismes sont étudiés dans la recherche sur les traitements tumoraux. Ils ne démontrent toutefois pas qu’une restriction alimentaire des polyamines puisse, à elle seule, contrôler une tumeur chez l’être humain.
3. Quels aliments contiennent le plus de polyamines ?
Les polyamines sont présentes dans de nombreux aliments végétaux et animaux.
Leurs concentrations varient selon les espèces, les variétés, la maturation, la fermentation, les conditions de conservation et les méthodes de mesure.
| Aliments | Polyamines principales | Observations |
|---|---|---|
| Germes de blé | Spermidine | Concentrations particulièrement élevées |
| Soja et certains produits fermentés | Spermidine, spermine | Souvent riches |
| Fromages affinés | Variables, notamment putrescine | Fortes variations selon les fromages |
| Abats | Spermine, spermidine | Souvent riches |
| Viandes | Spermine | Quantités significatives |
| Champignons | Spermidine | Certaines espèces sont riches |
| Pois et légumineuses | Spermidine | Teneurs modérées à élevées |
| Brocoli et chou-fleur | Spermidine | Teneurs appréciables |
| Épinards | Spermidine | Teneurs appréciables |
| Noisettes et pistaches | Spermidine | Relativement riches |
| Pommes, poires et agrumes | Variables | Généralement moins de spermidine et de spermine ; putrescine variable |
| Lait et œufs | Variables | Généralement moins riches que plusieurs viandes et légumineuses |
Il ne constitue pas une liste d’aliments interdits en cas de tumeur.
Une difficulté supplémentaire tient au fait qu’un aliment relativement pauvre en spermidine peut contenir de la putrescine. Il n’existe donc pas de classement simple des aliments totalement dépourvus de polyamines.
4. Faut-il supprimer ces aliments en présence d’une tumeur ?
Les données scientifiques actuelles ne permettent pas de recommander systématiquement l’élimination des aliments riches en polyamines chez les personnes atteintes d’une tumeur.
Plusieurs raisons expliquent cette prudence :
- Les polyamines sont indispensables au fonctionnement des cellules normales.
- L’organisme continue à les synthétiser même lorsque les apports alimentaires diminuent.
- Le microbiote intestinal constitue une source supplémentaire.
- De nombreux aliments riches en spermidine apportent aussi des fibres, des vitamines et des minéraux.
- Il n’existe pas de preuve clinique solide qu’un régime pauvre en polyamines, utilisé seul, améliore la survie des personnes atteintes de tumeur.
Une restriction excessive peut entraîner des carences, une perte de poids ou une dénutrition, particulièrement dangereuses pendant les traitements antitumoraux.
5. Une étude expérimentale importante publiée dans Nature
Une étude publiée en 2025 dans la revue Nature a examiné une stratégie de réduction des polyamines dans un modèle expérimental de neuroblastome, une tumeur pédiatrique.
Les chercheurs ont associé deux interventions :
- Le DFMO (difluorométhylornithine), qui inhibe la synthèse des polyamines.
- Un régime expérimental dépourvu d’arginine et de proline, deux acides aminés intervenant dans les voies métaboliques qui fournissent des précurseurs aux polyamines.
Cette combinaison a amélioré la survie dans le modèle animal étudié et modifié certains mécanismes de prolifération et de différenciation des cellules tumorales.
Ces résultats sont importants, mais ils ne démontrent pas qu’un régime alimentaire pauvre en polyamines puisse traiter une tumeur chez l’humain.
Ils ne justifient pas non plus de tenter de supprimer l’arginine et la proline de son alimentation sans encadrement médical.
Consulter l’étude dans Nature (DOI).
6. Une stratégie thérapeutique : priver les cellules tumorales de polyamines
La recherche explore des stratégies de déplétion en polyamines, visant à réduire leur disponibilité pour les cellules tumorales.
Deux approches peuvent être combinées :
- Inhiber leur fabrication, notamment au moyen du DFMO.
- Limiter leur transport vers les cellules, à l’aide de molécules expérimentales comme l’AMXT 1501.
Cette stratégie cherche à empêcher les cellules tumorales de compenser la diminution de leur synthèse interne par une absorption accrue de polyamines provenant de leur environnement.
Des essais cliniques précoces ont exploré cette association dans certaines tumeurs solides avancées. Ils visent notamment à déterminer la tolérance, les doses et les premiers signaux d’activité antitumorale.
Il s’agit d’approches pharmacologiques expérimentales, dont les résultats ne peuvent être directement transposés à un régime alimentaire ordinaire.
7. Le paradoxe de la spermidine : vieillissement et tumeur
La spermidine fait également l’objet de recherches sur le vieillissement, l’autophagie et le maintien des fonctions cellulaires.
Certaines études observationnelles ont associé des apports alimentaires élevés en spermidine à des indicateurs de santé favorables.
Comment une même molécule pourrait-elle participer au bon fonctionnement des cellules normales tout en favorisant la croissance de certaines cellules tumorales : concentration, type de cellule, état métabolique, environnement tissulaire et mécanismes de régulation.
Une substance utile au fonctionnement cellulaire normal peut aussi être exploitée par une cellule tumorale.
La spermidine ne peut donc être considérée ni comme universellement bénéfique ni comme universellement dangereuse.
8. Quelles précautions alimentaires prendre ?
Ce qui est établi
- Les polyamines participent à la multiplication cellulaire.
- Leur métabolisme est modifié dans de nombreuses tumeurs.
- Certains aliments en contiennent des quantités importantes.
- Leur synthèse et leur transport constituent des cibles thérapeutiques étudiées.
Ce qui reste à démontrer
- Qu’une réduction des polyamines alimentaires ralentisse la progression d’une tumeur humaine.
- Qu’un seuil quotidien d’apport puisse être recommandé aux personnes atteintes de tumeur.
- Qu’un régime pauvre en polyamines améliore la survie ou diminue les récidives.
- Que les résultats obtenus sur un type de tumeur soient transposables à toutes les tumeurs.
Ce qui paraît raisonnable
En présence d’une tumeur, il convient de préserver un apport suffisant en énergie, protéines et micronutriments, en tenant compte de l’état nutritionnel et des traitements.
La prise de compléments concentrés en spermidine mérite une évaluation médicale individuelle, car leur innocuité et leur intérêt en présence d’une tumeur active ne sont pas suffisamment établis.
Il n’est pas justifié de supprimer systématiquement les légumineuses, les légumes, les champignons ou les céréales complètes au seul motif qu’ils contiennent des polyamines.
9. Conclusion : une piste de recherche, pas encore une prescription alimentaire
Le métabolisme des polyamines constitue une piste importante pour comprendre et combattre certaines tumeurs.
Des travaux expérimentaux montrent qu’il est possible d’interférer avec leur synthèse ou leur transport et, dans certains modèles, de ralentir le développement tumoral.
La modulation des apports nutritionnels pourrait éventuellement renforcer certains traitements ciblant ce métabolisme. Cependant, cette hypothèse demande encore des validations cliniques.
La question scientifique n’est pas seulement de savoir quels aliments contiennent des polyamines, mais de déterminer si leur restriction alimentaire peut réellement modifier l’évolution d’une tumeur, pour quels patients et dans quelles conditions.
En attendant des essais cliniques concluants, il serait prématuré de présenter les aliments riches en polyamines comme des aliments interdits en présence d’une tumeur.
Références scientifiques
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- Polyamines in cancer: integrating organismal metabolism and antitumour immunity. Nature Reviews Cancer (2022). DOI : 10.1038/s41568-022-00473-2.
- Holbert C. E., Casero R. A. Jr. et Murray Stewart T. (2024). Polyamines: the pivotal amines in influencing the tumor microenvironment. Discover Oncology, 15, 173. DOI : 10.1007/s12672-024-01034-9.
- Cherkaoui S. et al. (2025). Reprogramming neuroblastoma by diet-enhanced polyamine depletion. Nature, 646, 707–715. DOI : 10.1038/s41586-025-09564-0.
- Madeo F. et al. (2020). Nutritional Aspects of Spermidine. Annual Review of Nutrition, 40, 135–159. DOI : 10.1146/annurev-nutr-120419-015419.
- National Cancer Institute. Popular Diets, Supplements, and Cancer. Consulter la ressource.
Agoramundi — Octobre 2026. Article d’information scientifique. Les informations présentées ne constituent pas une prescription médicale ou diététique et ne remplacent pas une consultation en oncologie.
Article rédigé par ChatGPT et relu et quelque peu amendé.
